Sur les épaules de géants, on peut voir encore plus loin

12 novembre 2021

Dans le cadre de son 40e anniversaire, Nature Québec a invité plusieurs anciens collaborateurs-trices et militant-e-s à s’exprimer sur les luttes environnementales qui les ont marqué-e-s et leur perception du rôle de l’organisme dans les batailles passées, mais également les défis futurs .

La parole à Hugo Séguin.

– Partenaire au Centre de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM) et chargé de cours à l’Université de Sherbrooke.

Nous inscrivons toujours notre action dans les pas de ceux et celles qui nous précèdent et chaque génération se hisse sur les épaules de ceux et celles qui l’ont précédée. Ceci est encore plus vrai du travail sans cesse à parfaire, toujours à pousser plus loin encore, en faveur de la protection et de la promotion de l’environnement.

Comme environnementalistes, nous récoltons ainsi ce que d’autres ont semé avant nous. Puis on tente de contribuer à notre tour pour faire avancer encore davantage les choses. Et quand on a de la chance, on le fait avec ces mêmes géants dont nous sommes tant redevables.

tourbière au Havre-saint-pierre
Tourbière Havre_Saint_Pierre par Cephas

Plus tard, des cohortes de décideurs gouvernementaux – dont j’étais – ont goûté à l’acharnement et à la persistance des militant-e-s de Nature Québec dans le dossier de la création d’aires protégées et de la protection d’espèces menacées ou vulnérables. Je me souviens très bien de leur détermination dans le dossier des mini-centrales hydroélectriques dont le gouvernement de l’époque voulait couvrir le Québec, dans celui du projet de centrale thermique au gaz naturel du Suroît, comme dans celui de la protection du caribou forestier. 

Leur travail, au sein d’un mouvement encore plus large, est ainsi parsemé de brillantes victoires collectives sur lesquelles les prochaines générations ont pu s’appuyer pour mener d’autres combats et réaliser d’autres gains.

L’action de Nature Québec depuis 40 ans est de cette eau-là.

Acharnement et éveil

Dans une large mesure, l’éveil de toute une génération – la mienne – aux enjeux environnementaux s’est fait à travers plusieurs des grandes campagnes de Nature Québec.

Je me souviens encore des affiches de la campagne Aux arbres citoyens ! dans le métro de Montréal et de la pression qui s’exerçait de toute part à l’époque en faveur de la protection de la forêt boréale.

Plus tard, des cohortes de décideurs gouvernementaux – dont j’étais – ont goûté à l’acharnement et à la persistance des militant-e-s de Nature Québec dans le dossier de la création d’aires protégées et de la protection d’espèces menacées ou vulnérables. Je me souviens très bien de leur détermination dans le dossier des mini-centrales hydroélectriques dont le gouvernement de l’époque voulait couvrir le Québec, dans celui du projet de centrale thermique au gaz naturel du Suroît, comme dans celui de la protection du caribou forestier. 

Leur travail, au sein d’un mouvement encore plus large, est ainsi parsemé de brillantes victoires collectives sur lesquelles les prochaines générations ont pu s’appuyer pour mener d’autres combats et réaliser d’autres gains.

Affiche_arbres-citoyens

Mon propre parcours a été profondément marqué par l’action de Nature Québec et surtout par l’influence des hommes et des femmes qui en sont l’âme.

On leur doit les efforts – couronnés de succès – seuls ou au sein de coalitions plus larges, dans les dossiers du déclassement de la centrale nucléaire de Gentilly II, de la réforme du régime forestier, de l’expansion du réseau d’aires protégés, de la protection de grands massifs naturels comme celui du Mont Hereford et du Mont Orford, de l’abandon d’un port pétrolier de Cacouna, au beau milieu d’une pouponnière de bélugas, et de celui de GNL Québec, au Saguenay.

Grande traversée d'Anticosti pour mettre fin aux forages, 2016
Grande traversée d'Anticosti pour mettre fin aux forages, 2016

Anticosti, un grand triomphe de Nature Québec

J’ai eu la chance d’être mêlé plus directement au grand triomphe de Nature Québec qu’aura été la campagne visant à la fois l’abandon de l’exploration et de l’exploitation pétrolière et gazière sur Anticosti, le joyau du Saint-Laurent, et l’inscription de l’île sur la liste indicative du Canada en vue de l’octroi du statut de site du patrimoine mondial de l’UNESCO. Tout ceci autour d’une forte préoccupation à l’égard des habitants de l’île : « Abandonnons le pétrole, mais pas les Anticostiens », clamaient la campagne de Nature Québec, montrant bien là que pour Nature Québec, la protection de l’environnement et solidarité sociale peuvent très bien aller de pair.

Aucune autre organisation québécoise ne pouvait prendre le dossier Anticosti à bras le corps comme Nature Québec l’a fait en mobilisant à plein ses dizaines de milliers de sympathisants et en mettant à contribution son immense expertise en matière de création d’aires protégées et de protection du territoire. Il me faut rendre hommage ici au travail exceptionnel de Christian Simard, de Sophie Gallais et de Gabriel Marquis sans lesquels cette victoire n’aurait probablement pas pu voir le jour.

Aujourd’hui, avec l’apparition de nouveaux enjeux, dont celui de la crise climatique, de la résilience des communautés, et d’une nécessaire réflexion qui a tant tardé quant à nos rapports à la consommation, Nature Québec est toujours là, plus forte que jamais sans doute. Et elle saura se garder jeune.

À travers ses profondes réflexions sur la folie de promouvoir une croissance économique infinie dans une biosphère et des écosystèmes aux ressources et aux capacités de régénération limitées, Harvey Mead, le fondateur, est sans doute le plus jeune des militant-e-s de Nature Québec et un des précurseurs d’une inévitable évolution dans la pensée du mouvement environnemental au Québec et ailleurs dans le monde.

Harvey Mead, fondateur de Nature Québec

En 40 ans, Nature Québec a profondément marqué la société québécoise et les politiques environnementales que nous nous sommes données au fil du temps. C’est avec elle et dans ses pas que l’on bâtit aujourd’hui un mouvement environnemental encore plus fort.

Merci à tous ceux et celles qui nous ont amenés jusqu’ici, et longue vie à Nature Québec!

Continuons 40 ans ensemble!

Faites partie de l’histoire et supportez les multiples campagnes de Nature Québec maintenant!

Crédits

Rédaction : Hugo Séguin, partenaire au Centre de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM) et chargé de cours à l’Université de Sherbrooke

Révision :  Gabriel Marquis

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