Sortons le gaz de nos bâtiments

4 avril 2023

Le Suroît, Rabaska, la saga des gaz de schiste, les forages à Anticosti, Énergie-Est, GNL-Québec… Est-ce que tous ces noms et ces projets vous rappellent des souvenirs? Normal, ce sont tous des projets d’exploration, d’exploitation ou encore de transport d’énergies fossiles contre lesquels Nature Québec et ses alliés se sont battus dans les vingt dernières années ! Et non seulement on s’est battu contre, mais on a surtout remporté chacune de ces batailles!

Des combats de longue haleine certes, ayant nécessité un niveau de collaboration étroit entre les différentes organisations environnementales, les citoyen-ne-s, Les Premiers Peuples, les étudiant-e-s, les syndicats, le milieu communautaire ainsi que celui de la santé, etc. Un travail de mobilisation en profondeur qui n’a fait que grandir au fil des années et auquel vous avez amplement participé!

Manifestation contre les gaz de schiste en 2011
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Actions contre le terminal pétrolier d’Énergie Est à Cacouna, 2014

Toutes ces victoires ont même participé à forger une image de village gaulois anti-énergie fossile au Québec. Ainsi, en 2020, on pouvait lire dans le rapport de l’Union internationale du gaz: «Un fort vent contraire d’activisme anti-énergie fossile au Québec rend peu probable la réalisation de ce projet [GNL Québec]». Elles ont aussi surtout conduit à ce que le gouvernement du Québec adopte en avril 2021 la Loi visant principalement à mettre fin à la recherche et à la production d’hydrocarbures ainsi qu’au financement public de ces activités, en faisant le premier État au monde à interdire l’exploitation pétrolière et gazière sur son territoire!

12 avril 2022

Pour autant, on n’est toujours pas débarrassé des énergies fossiles, alors qu’elle est la suite me direz-vous? S’attaquer à la consommation! Pourquoi accepter d’ailleurs dans le monde ce qu’on refuse ici? C’est une question de cohérence, tout simplement. 

Et quoi de mieux que de passer à l’offensive contre la consommation du gaz naturel? C’est pourquoi, aujourd’hui, avec les autres membres de la nouvelle Coalition Sortons le gaz, nous lançons la campagne Le gaz naturellement risqué pour enfin sortir cette énergie fossile des bâtiments résidentiels, commerciaux et institutionnels.

Le gaz, une énergie naturellement risquée

Soyons clairs, l’expression gaz naturel a été inventée par des pros du marketing pour faire oublier tous les risques liés à cette énergie, à commencer par les risques pour l’environnement. 

Quand on parle de gaz naturel, il faut comprendre qu’on parle principalement de méthane, un gaz à effet de serre 80 fois plus puissant que le CO2 dans ses 20 premières années de vie dans l’atmosphère et que celui-ci est issu à 80% de la fracturation hydraulique de l’ouest du Canada et des États-Unis. Un procédé dont on ne connaît que trop bien les nombreux effets sur l’environnement et la santé des populations qui vivent à proximité des sites de forage. Enfin, il faut savoir qu’à lui seul, le gaz représente 7% des émissions annuelles de GES du Québec.

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Autre risque, celui-ci peut-être un peu moins connu, mais tout aussi dangereux, celui pour la santé. L’une des utilisations les plus courantes du gaz dans les bâtiments est la fameuse cuisinière au gaz. Or, saviez-vous qu’elle présente des risques pour la santé respiratoire des enfants et des personnes vulnérables? Qu’elle soit allumée ou même éteinte, une cuisinière au gaz libère dans l’air ambiant 21 composantes volatiles toxiques. Et selon une étude australienne, les enfants vivant dans des foyers avec une cuisinière au gaz ont 42 % plus de risque de développer de l’asthme que les autres enfants pendant l’enfance.

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Enfin, sachez aussi que le gaz met inutilement vos finances à risque. Extrêmement dépendants du contexte géopolitique mondial, les prix du gaz n’ont cessé de fluctuer d’un mois à l’autre en 2022 à cause du conflit entre la Russie et l’Ukraine, rendant vos factures tout sauf prévisibles. Alors que les prix à la consommation augmentent de toute part à cause de l’inflation, sortir du gaz ne peut être que bon pour votre portefeuille.

VOUS VOULEZ EN SAVOIR PLUS ?

Consultez notre campagne contre le gaz.

Pourquoi viser le secteur des bâtiments spécifiquement?

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Le gaz représente 15% de l’énergie consommée par les bâtiments résidentiels, commerciaux et institutionnels. Il y est utilisé principalement pour le chauffage, la cuisson et le séchage. Il est pourtant responsable de 63% des émissions de GES de ce secteur qui lui-même compte pour 10% des émissions annuelles du Québec selon le dernier inventaire québécois.

Si on veut atteindre et dépasser nos cibles de réduction des émissions de GES, sortir le gaz naturel du secteur des bâtiments est donc un passage obligé et relativement simple comparativement à d’autres secteurs comme l’industriel où certains processus demandent encore des innovations technologiques pour se départir de cette source d’énergie.

Sortir du gaz oui, mais pour le remplacer par quoi?

Évidemment, sortir du gaz ne se fera pas du jour au lendemain, mais les solutions existent déjà et sont éprouvées. Il ne reste qu’à avoir la volonté de les mettre en place. 

Premièrement, les usages du gaz dans les bâtiments sont somme toute facilement électrifiables et au Québec, nous avons la chance d’avoir de l’électricité produite à 99,8% à partir d’énergies renouvelables. Ceci dit, la capacité de production d’Hydro-Québec n’est pas infinie et nous avons donc avant tout besoin de faire un travail de sobriété et d’efficacité énergétique pour éviter le gaspillage. Saviez-vous par exemple que les ménages québécois sont ceux qui consomment le plus d’électricité au Canada ? (63,6 gigajoules au Québec contre 29,7 en Ontario) Or, les coûts environnementaux et économiques de la construction de nouveaux barrages sont astronomiques et ceux-ci se déploient trop souvent au mépris des droits des peuples autochtones qui habitent les territoires.

Concrètement, comment réduire et rendre plus efficace notre consommation d’électricité dans les bâtiments ? On vous présente ici trois solutions  (liste non exhaustive):

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1. Choix des matériaux

En travaillant sur la performance de leur enveloppe lors de la construction ou rénovation. Par exemple, choisir des matériaux assurant une isolation et une étanchéité optimales et installer des fenêtres à haut rendement permet de sabrer dans les dépenses énergétiques.

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2. Thermopompes et accumulateur de chaleur

En remplaçant vos plinthes électriques par des thermopompes «climat froid» qui sont trois à quatre fois plus performantes pour le chauffage. Sachez aussi qu’y associer un système d’accumulateur de chaleur permet de déplacer votre consommation en dehors de la fameuse période de pointe grâce aux briques réfractaires qui vont accumuler la chaleur et la redistribuer plus tard.

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3. Domotique

En automatisant les systèmes grâce à la domotique, vous pourrez programmer votre chauffage et votre climatisation plus efficacement en évitant les périodes où les bâtiments sont vides. Ce système de «maison intelligente» permet aussi de déplacer l’utilisation de certains usages vers des périodes de plus faible demande, ce qui vous permettra de bénéficier de la tarification dynamique d’Hydro-Québec.

VOUS VOULEZ EN SAVOIR PLUS ?

Consultez notre campagne contre le gaz ou consultez nos capsules sur le sujet.

La route vers la décarbonation…  pavée de fausses solutions

Le gaz naturel renouvelable (GNR)

Malgré ce que voudrait nous faire croire les belles publicités d’Énergir, la réalité est que le gaz distribué est encore aujourd’hui composé à 99% de gaz fossile. Et au mieux, le volume de GNR atteindra à peine 10% en 2030 dans l’ensemble du réseau gazier. En attendant, on se serre de son image positive dans l’opinion publique pour venir justifier des millions de dollars reçus en subventions publiques pour étendre un réseau de gazoducs qui distribuera encore 90% de gaz d’origine fossile, venant verrouiller son utilisation au-delà de 2030. Ceci en totale inadéquation avec l’atteinte de nos cibles de réduction de GES pour 2050.

La biénergie électricité/gaz

Sous prétexte de réduire de 70% l’utilisation du gaz dans les bâtiments d’ici 2030, l’entente signée entre Hydro-Québec et Énergir vient au contraire verrouiller l’utilisation de celui-ci au détriment de l’atteinte de notre carboneutralité en 2050 en enfermant les clients dans des contrats d’au moins 10 ans lors du remplacement de leurs vieux systèmes par la biénergie. De plus, Écohabitation a démontré dans une étude que, pour les nouveaux bâtiments résidentiels unifamiliaux, la biénergie électricité-gaz pourrait coûter 17 % de plus que l’électricité au tarif Flex D d’Hydro-Québec, en utilisant un système de chauffage central avec accumulateur de chaleur et une thermopompe. Enfin, sachez qu’en acceptant de compenser Énergir sur ses fonds propres, Hydro-Québec devra automatiquement réduire les dividendes qu’elle versera à  son principal actionnaire… nous de 2,41 milliards de dollars d’ici 2050.

CONCLUSION

Résumons: au Québec, nous sommes très en retard dans l’atteinte de nos cibles de réduction de GES. Or, sortir le gaz naturel des bâtiments résidentiels, commerciaux et institutionnels pourrait nous permettre de les réduire de 7% relativement rapidement grâce à la réduction de notre consommation énergétique et de l’implantation de technologies connues, simples et éprouvées, et ce, sans surcharger le réseau d’Hydro-Québec.

Convaincus ? Embarquez avec nous!

Ensemble, multiplions les engagements à sortir le gaz de nos maisons. Allez voir notre campagne pour savoir comment agir et trouver davantage de détails sur les risques associés au gaz naturel ainsi que sur les solutions pour en sortir.

Crédits

Rédaction : Anne-Céline Guyon

Révision : Gabriel Marquis

Montage : Catherine Bégin

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