
Dans le domaine de l’environnement, on aime beaucoup employer des acronymes : AP, AMCE, UICN, FSL, APUD, etc. Alors que cela facilite les choses pour nous, pour ceux et celles qui ne travaillent pas dans ce milieu, nous semblons parler une autre langue. Mais je vous assure qu’après la lecture de ce blogue, aucun traducteur ne sera requis pour nous comprendre lorsqu’on vous parle de conservation! On vous explique la différence entre aire protégée et autres mesures de conservation efficaces.
Qu’est-ce qu’une aire protégée?

AP…Abondance de pluie?…Amphibien présent?… Et non… AP c’est pour aire protégée. Une aire protégée est un territoire clairement délimité qui comprend des paysages, des écosystèmes, des valeurs culturelles ou des espèces importantes que l’on veut conserver. Ce territoire est protégé par des lois, règlements, ou tout autre moyen efficace qui encadre les usages permis, notamment en empêchant certaines activités (p.ex. le développement minier ou immobilier) dans le but premier d’assurer la conservation de la nature.
Pour une définition plus officielle
L’Union internationale sur la conservation de la nature (UICN), définit aire protégée comme étant « un espace géographique clairement défini, reconnu, consacré et géré, par tout moyen efficace, juridique ou autre, afin d’assurer à long terme la conservation de la nature ainsi que les services écosystémiques et les valeurs culturelles qui lui sont associés »1
L’aire protégée est une méthode de conservation qui englobe plusieurs sous-catégories. En effet, les désignations sont variées pour refléter la diversité des milieux naturels ainsi que les usages que l’on en fait.
Spectre des usages permis d’une aire protégée
Usages restrictifs ⮕ Usages moins restrictifs
Réserve écologique
Présence humaine contrôlée et restreinte
⮕
Réserve biologique
⮕
Réserve naturelle
APUD
Utilisation durable des ressources naturelles
À l’international, l’UICN, un groupe formé d’experts sur la conservation et de décideurs internationaux, sépare les aires protégées en six catégories. Elles sont classées sur un spectre des usages permis, du plus au moins restrictif. Ainsi, la première désignation est la réserve naturelle intégrale, où la présence humaine est contrôlée et restreinte. À l’autre extrémité du spectre, nous retrouvons la désignation d’aire protégée avec utilisation durable des ressources naturelles qui permet une utilisation durable et non industrielle des ressources naturelles.

Réserve de biodiversité
Une des 32 désignations d’aire protégée au Québec, ce type d’aire protégée vise à conserver des échantillons représentatifs de la diversité biologique des différentes régions du Québec. En plus de viser la conservation de la nature, ce type d’aire protégée promeut aussi la découverte du territoire par les populations locales.3
Chaque pays ou province a le devoir de traduire ces désignations internationales en catégories qui s’arriment avec leur système de gouvernance. Ainsi, au Québec, on retrouve 32 désignations d’aires protégées, qui comptent entre autres les réserves écologiques, les réserves de biodiversité, les écosystèmes forestiers exceptionnels, les milieux naturels de conservation volontaire, et plus récemment, les aires protégées d’initiative autochtone et les aires protégées d’utilisation durable (APUD).2
À ce jour, 16,95 % du territoire québécois est protégé, mais le gouvernement s’est engagé à atteindre 30 % d’ici 20304. Cela demandera des efforts conjoints du gouvernement, de plusieurs organismes et des Québécois-es. D’ailleurs, Nature Québec travaille activement à faire avancer des projets d’aires protégées à travers la province.
Exemple d’aire protégée
Forêt de la Seigneurie-de-Lotbinière

Parmi ces nombreux projets, on compte la Forêt de la Seigneurie-de-Lotbinière (FSL), le plus grand massif de forêts en terres publiques des Basses-terres du Saint-Laurent. De pair avec un groupe citoyen et cinq organismes locaux et nationaux, nous nous sommes mobilisés pour la conservation de ce secteur, ce qui a mené à la création d’une réserve de biodiversité de 18,2 km2 sur ce territoire. Cet écosystème est important puisqu’il abrite une forte concentration de forêts anciennes et peuplements rares, en plus d’espèces à statut précaire comme la tortue des bois. Aujourd’hui, Nature Québec milite pour la conservation du reste de la FSL pour en faire une vaste aire protégée d’utilisation durable de 162 km2, dans une optique d’allier conservation de la biodiversité et conservation des nombreux usages qui y ont cours, comme la randonnée, la chasse, l’acériculture et l’aménagement forestier.
Peut-on aller dans une aire protégée?

Oui (sauf exception)! L’accès à la nature pour les activités récréatives, notamment, est de plus en plus au cœur de la démarche derrière la création d’aires protégées au Québec. En effet, on observe cette tendance en conservation à inclure l’humain comme faisant partie de la nature à travers les nouvelles désignations d’aires protégées d’utilisation durable et aires protégées d’initiative autochtone. Cela va de soi, considérant que l’accès à la nature est primordial pour la santé des populations, d’autant plus que plusieurs aires protégées proviennent de démarches citoyennes, et que ces dernières sont créées sur des territoires habités depuis des temps immémoriaux.
En règle générale, au Québec, seul l’accès aux réserves écologiques est restreint au public, puisque l’objectif de ce type d’aire protégée est de conserver des territoires à l’état naturel, sans intervention humaine. Ces territoires sont seulement accessibles à des fins de recherche et d’éducation, tant que ces activités ne nuisent pas à la conservation intégrale et permanente des attributs naturels de la réserve écologique.5
Peut-on faire de la conservation en dehors d’une aire protégée?

Bien sûr! Il existe déjà de nombreux espaces en dehors des aires protégées qui aident à conserver la biodiversité à long terme chacun à leur manière. Qu’ils soient gérés par des municipalités, des communautés autochtones ou locales, des propriétaires privés ou des entreprises, ces espaces jouent un rôle tout aussi important que les aires protégées dans la conservation de la biodiversité. Depuis février 2025, au Québec, ces espaces peuvent être officiellement reconnus à titre d’autres mesures de conservation efficaces (AMCE).
La Convention sur la diversité biologique (CBD) définit officiellement une AMCE comme étant :
« Une zone géographiquement délimitée, autre qu’une aire protégée, qui est réglementée et gérée de façon à obtenir des résultats positifs et durables à long terme pour la conservation in situ de la diversité biologique, y compris des fonctions et services écosystémiques connexes et, le cas échéant, des valeurs culturelles, spirituelles, socioéconomiques et d’autres valeurs pertinentes localement.6 »
Les autres mesures de conservations efficaces

Ce qui distingue principalement les AMCE des aires protégées, c’est la place qu’occupe la conservation dans la gestion du territoire. Dans les aires protégées, la conservation de la nature occupe toujours une place centrale. On parle de création d’une aire protégée, car le processus implique l’ajout d’une couche de protection légale et la mise en place d’un nouveau système de gestion qui vise à répondre spécifiquement aux objectifs de conservation du territoire. Du côté des AMCE, on parle plutôt d’un processus de reconnaissance de mesures en place (ou « moyens efficaces »), sur un site donné, qui permettent d’assurer la conservation des mécanismes en place qui assurent la conservation de la biodiversité, et ce peu importe les objectifs de gestion du site.
Aire protégée (AP) | Autres mesures de conservation efficaces (AMCE) |
---|---|
L’objectif principal est toujours la conservation | Assure une conservation in situ efficace, peu importe l’objectif principal de gestion |
Délimitée selon les objectifs de conservation visés, puis mise en place d’un système de gestion pour les atteindre | Un système de gestion est déjà en place, dans une zone délimitée |
Souvent un statut permanent conféré par une loi, assurant une protection renforcée en interdisant certaines activités nuisibles à la biodiversité | Aucune loi spécifique ne régit les AMCE, mais toute mesure efficace limitant les impacts sur la biodiversité — qu’elle soit légale, administrative ou volontaire — peut soutenir leur reconnaissance |
Exemples : parc national, réserve naturelle en milieu privé, refuge biologique | Exemples : Terre avec servitude de conservation, site géologique exceptionnel, site à valeur spirituelle ou culturelle, territoire autochtone géré selon les savoirs traditionnels |
Ces moyens efficaces peuvent prendre diverses formes : ententes légales de conservation, plans de gestion ou de conservation, outils de planification régionale, règlements ou lois… bref, il s’agit de tout moyen permettant de contrôler et prévenir les activités potentiellement nuisibles à la biodiversité.
En d’autres mots, une AMCE est un espace qui contribue activement à la conservation de la biodiversité, sans que ce soit nécessairement sa vocation principale.
Les AMCE peuvent être regroupées selon trois types d’approches en fonction de la place que la conservation occupe au sein des objectifs du site.
C’est un site où la conservation est au cœur de la gestion du site au même titre qu’une aire protégée. Cependant, les gestionnaires ont choisi de le faire reconnaître comme AMCE plutôt que d’en faire une aire protégée.
C’est un site où la conservation est intégrée à la gestion, sans en être l’objectif central. C’est le cas, par exemple, pour certains parcs axés sur le récréotourisme d’abord, mais où on met en place des pratiques de gestion favorables à la conservation.
C’est un site où la conservation n’est pas un objectif explicite, mais sa gestion contribue de façon indirecte à protéger la biodiversité. Ça peut être le cas pour des lieux à forte valeur culturelle, spirituelle ou historique.
La reconnaissance des AMCE permet de valoriser et de soutenir une diversité d’initiatives locales qui contribuent déjà, de façon efficace, à la conservation de la biodiversité. En complémentarité avec les aires protégées, les AMCE peuvent ainsi contribuer à l’atteinte de la cible de 30 % d’aires conservées d’ici 2030.
Comment s’impliquer dans la création d’une aire protégée ou la reconnaissance d’une AMCE?
Terres publiques
S’impliquer dans la conservation en terres publiques (c’est-à-dire les terres sous l’autorité du gouvernement du Québec) est plus difficile, mais pas impossible. Une façon simple de préserver la nature est de respecter les règlements lorsque vous visitez des parcs nationaux, des réserves de biodiversité ou autre aire protégée. Vous pouvez également vous intéresser aux appels à projets d’aires protégées lancés par le gouvernement du Québec. Vous pourriez ainsi proposer un projet ou vous mobiliser pour soutenir les projets près de chez vous.
Terres privées
Si vous possédez ou gérez un territoire privé abritant une ou des valeurs importantes pour la biodiversité7, tels que des milieux naturels ou des espèces menacées ou vulnérables, et que vous souhaitez que ces valeurs soient préservées ou reconnues, vous pourriez considérer les aires protégées et les AMCE. Il est possible que votre site réponde déjà aux critères de reconnaissance des AMCE; dans ce cas, vous pourriez appliquer pour une AMCE avec le soutien de Nature Québec. Si vous souhaitez plutôt mettre en place une mesure, légale ou non, afin de conserver les attraits naturels de votre site, il existe plusieurs outils de conservation volontaire. Contactez votre organisme de conservation local pour en savoir plus ou consulter cet outil que nous avons créé spécifiquement pour vous aider à protéger la nature de proximité.
En cas de doute, si l’envie vous prend de protéger les milieux naturels, n’hésitez pas à contacter les organismes de conservation au Québec. C’est avec grand plaisir qu’on vous outillera pour qu’ensemble, on protège la nature du Québec!
Références
- Dudley. 2008. Lignes directrices pour l’application des catégories de gestion aux aires protégées (Consulté le 22 mai 2025).
- Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. Registre des aires protégées et des AMCE au Québec.
- Institut de la statistique du Québec. Territoires protégés et conservés (Consulté le 22 mai 2025).
- Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs. 2011. Régime d’activités dans les réserves de biodiversité et les réserves aquatiques, Québec, Gouvernement du Québec (Consulté le 22 mai 2025).
- Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. Des habitats protégés au naturel.
- Convention sur la diversité biologique (CDB). (2018). Aires protégées et autres mesures de conservation efficaces par zone (Décision 14/8).
- Direction principale du développement de la conservation du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements
climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP). 2024. Reconnaissance des autres mesures de conservations efficaces (AMCE en milieu continental au Québec, Lignes directrices 2024, 1re édition.
Rédaction
Anthony Drouin, chargé de projet Biodiversité et forêt
Chloé Allard, chargée de communication
Gabrielle Côté, chargée de projet Biodiversité
Simon L’Allier, chargé de projet Biodiversité
Révision
Chloé Allard, chargée de communication
Marianne Caouette, chargée de projet Biodiversité et forêt