Protection de la Forêt de la Seigneurie de Lotbinière

Jonction des rivières du Chêne et Henri et bras mort de la rivière du Chêne (à droite).
Jonction des rivières du Chêne et Henri et bras mort de la rivière du Chêne (à droite).

Un joyau forestier à protéger

Située dans la région de Chaudière-Appalaches à seulement une heure de la Ville de Québec, la Forêt de la Seigneurie de Lotbinière a une importante valeur écologique peu connue. Elle représente pourtant le plus grand massif forestier en terre publique des Basses-terres du Saint-Laurent, soit 162 km2. Elle abrite également la plus grande concentration de forêts anciennes peu ou jamais exploitées de toute la région! La  Forêt de la Seigneurie de Lotbinière est aussi l’habitat de plusieurs espèces à statut précaire et même d’une espèce de champignon qui n’avait jamais été identifiée à présent au Québec! 

Actuellement, plusieurs activités s’y côtoient, dont le récréotourisme, mais également la foresterie, sans protection solide de la valeur patrimoniale et écologique de la forêt.

C’est pourquoi Nature Québec travaille depuis quelques années avec les citoyen-ne-s et un regroupement de 5 organismes locaux et nationaux à la création d’une aire protégée le long de la rivière du Chêne, sous forme d’une réserve de biodiversité.

La vieillesse, toute une richesse!

Fière survivante dans une région essentiellement agricole, la Forêt de la Seigneurie de Lotbinière abrite la plus grande concentration de forêts anciennes, c’est-à-dire peu ou jamais exploitées industriellement, de toute la région de Chaudière-Appalaches. Plusieurs arbres bicentenaires, et certains tricentenaires, dont des pruches (Tsuga canadensis), des cèdres (Thuya occidentalis) et des tilleuls (Tilia americana) y sont présents. Plusieurs types de peuplements qui sont rares dans la région, parfois même non-répertoriés ailleurs, s’y retrouvent également. 

Quelques espèces à statut précaire ont aussi été répertoriées dans la Forêt de la Seigneurie de Lotbinière. Parmi celles-ci, notons la tortue des bois (Glyptemys insculpta), considérée comme une espèce menacée au fédéral et vulnérable au provincial, l’ail des bois (Allium tricoccum, vulnérable au provincial) et le fouille-roche gris (Percina copelandi), une espèce de poissons (vulnérable au provincial et menacée au fédéral). La Forêt de la Seigneurie de Lotbinière abrite également une proportion importante de milieux humides, dont certains sont déjà protégés des coupes forestières.

Hutte de castor
Hutte de castor
Sporophagomyces Chrysostomus, crédit : Benoît Fortin
Sporophagomyces Chrysostomus, crédit : Benoît Fortin

Une espèce de champignons jamais identifiée au Québec

En 2017, une activité bioblitz dans la Forêt de la Seigneurie de Lotbinière a permis de découvrir une espèce de champignons jusqu’alors inconnue au Québec, le Sporophagomyces Chrysostomus.

Le projet de réserve de biodiversité

La valeur écologique importante de la Forêt de la Seigneurie de Lotbinière pousse plusieurs acteurs locaux à proposer une bonification de la protection existante. La protection actuelle, illustrées sur la carte ci-dessous, couvre deux écosystèmes forestiers exceptionnels, deux refuges biologiques, un habitat d’une espèce floristique menacée ou vulnérable, un habitat d’une espèce faunique menacée ou vulnérable, la réserve écologique Lionel-Cinq-Mars et une aire de confinement du cerf de Virginie. 

Porté par les Amis de la Forêt seigneuriale Joly de Lotbinière, le Conseil régional de l’environnement Chaudière-Appalaches (CRECA), l’Organisme de bassins versants de la zone du Chêne (OBV du Chêne), la MRC de Lotbinière ainsi que Nature Québec, un nouveau projet de conservation vise la protection d’un corridor à haute valeur écologique autour de la rivière du Chêne et de ses principaux affluents en terre publique. Ce projet prendrait la forme d’une portion en réserve de biodiversité, un statut québécois d’aire protégée. 

Cette nouvelle aire protégée permettrait de conférer une protection légale et permanente aux méandres de la rivière, de même qu’aux forêts anciennes et aux peuplements rares qui s’y trouvent, face à l’exploitation forestière. Elle permettait toutefois d’y poursuivre le développement d’une offre récréotouristique. 

En juin 2022, le gouvernement du Québec a annoncé son intention de mettre en réserve une partie de la Forêt de la Seigneurie de Lotbinière afin d’y créer une aire protégée. Le projet de réserve de biodiversité est donc en voie de se concrétiser!

Délimitation des différents statuts de protection actuels et des peuplements d’intérêt à la Forêt de la Seigneurie de Lotbinière.
Délimitation des différents statuts de protection actuels et des peuplements d’intérêt à la Forêt de la Seigneurie de Lotbinière.

*La délimitation exacte du projet de réserve de biodiversité reste à déterminer.

Un peu d’histoire

La vision d’Henri-Gustave Joly de Lotbinière

La Forêt de la Seigneurie de Lotbinière a une grande valeur patrimoniale. Gérée pendant plus de 275 ans par une succession de seigneurs, son exploitation forestière commence au début des années 1830 devenant ainsi un symbole de prospérité pour la région.

Une trentaine d’années plus tard, l’héritier Henri-Gustave Joly de Lotbinière poursuit l’exploitation de la forêt, mais avec une philosophie d’utilisation durable compatible avec la protection de celle-ci. Considéré comme le père de l’arboriculture (acte de cultiver les arbres) au Canada, il base son exploitation sur des principes de conservation visionnaires. 

Déjà, il reconnaissait la valeur intrinsèque de la forêt, au-delà de son aspect économique. Il la considérait comme une richesse qu’il vaut mieux utiliser avec prudence pour les générations futures. En 1967, la famille fut expropriée par le gouvernement du Québec avant qu’elle ait eu le temps de finaliser la vente au gouvernement fédéral, occasion qui aurait permis de créer un  centre d’apprentissage en foresterie. Aujourd’hui, c’est à la vision d’Henri-Gustave Joly de Lotbinière que certains membres de la communauté souhaiteraient revenir. 

Des bûcherons de Leclercville dans la Forêt de la Seigneurie de Lotbinière vers 1890. © Hélène Lemay et la Société Patrimoine et Histoire des Seigneuries de Lotbinière

Des bûcherons de Leclercville dans la Forêt de la Seigneurie de Lotbinière vers 1890. Crédit : Hélène Lemay et la Société Patrimoine et Histoire des Seigneuries de Lotbinière

Les usages actuels

Présentement, plus du deux tiers du territoire de la Forêt de la Seigneurie de Lotbinière est utilisé pour l’exploitation forestière, alors que 21 km2 profite au secteur acéricole par la présence d’une quarantaine de baux d’exploitation d’érablières. À cela s’ajoutent les sorties écologiques éducatives, le récréotourisme, les activités de chasse et de pêche ainsi que les sports motorisés. Depuis quelques années, on retrouve un sentier pédestre de 15 km le long de la rivière du Chêne, principal cours d’eau de la Forêt, qui offre de magnifiques points de vue aux randonneurs.

Une foresterie intensive peut nuire à la protection de la biodiversité et bloquer la conservation des vieilles forêts et des peuplements d’intérêt, et par le fait même, restreindre l’attrait des autres activités qui se déroulent dans la forêt.

Différents usages à la forêt de la Seigneurie de Lotbinière

Différents usages à la forêt de la Seigneurie de Lotbinière

Carte de la forêt seigneuriale de Lotbinière - Sentiers du secteur des Trois-Fourches

Sentiers du secteur des Trois-Fourches

Le travail de Nature Québec

  • Réflexion sur le projet de réserve de biodiversité
  • Promotion du projet de réserve de biodiversité
  • Réflexion sur l’avenir de la Forêt de la Seigneurie de Lotbinière
  • Analyse de l’impact des coupes forestières sur les milieux humides 
  • Réalisation d’un bilan forestier des 50 dernières années de foresterie
  • Analyse des secteurs d’intérêt pour la conservation

Partenaires

Logo des amis de la Forêt seigneuriale Holy de Lotbinière
Logo OBV du Chêne
Logo MRC Lotbinière
Logo du Conseil régional de l'environnement Chaudière-Appalaches

Besoin de plus d’informations?

Audrey-Jade Bérubé

Chargée de projet Aires protégées et biodiversité 

audrey-jade.berube@naturequebec.org
418 648-2104 poste 2092

Vous avez des questions concernant la protection de la Forêt de la Seigneurie de Lotbinière?

Références

Bureau d’écologie appliquée (BEA). Lachance, A. 2018. Projet d’acquisition de connaissances sur les milieux  humides et riverains dans la Seigneurie Joly et en Chaudière‐Appalaches. Volet 4 : Inventaire des éléments  rares, menacés et exceptionnels dans la réserve forestière de la rivière du Chêne.  Volet 4b : Identification des  espèces floristiques, menacées, vulnérables et peu courantes. 33 p. plus annexes. 

Gouvernement du Canada. (2021). Loi sur les espèces en péril – Liste des espèces en péril.

Jobin, B., L. Gratton, M.-J. Côté, O. Pfister, D. Lachance, M. Mingelbier, D. Blais, A. Blais et D. Leclair. 2019. Atlas des territoires d’intérêt pour la conservation dans les Basses-terres du Saint-Laurent – Rapport méthodologique version 2, incluant la région de l’Outaouais. Environnement et Changement climatique Canada, Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Plan d’action Saint-Laurent, Québec, 170 p.

Lemay, F. (s.d.). L’historique. Amis de la Forêt seigneuriale Joly de Lotbinière. 

Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC). (2021). Espèces menacées ou vulnérables au Québec

Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP). 2021. Liste des espèces désignées comme menacées ou vulnérables au Québec. Gouvernement du Québec. 

MRC de Lotbinière, CRECA, Amis de la Forêt seigneuriale de Lotbinière, OBV du Chêne et Nature  Québec. 2021. Proposition de réserve de biodiversité dans la forêt de la Seigneurie de Lotbinière.

Paulette, M. (2016). Description des forêts anciennes de Chaudière-Appalaches, secteur de la Seigneurie Joly de Lotbinière, Conseil régional de l’environnement Chaudière-Appalaches (CRECA).