Connais-tu les tourbières du Québec?

10 février 2026

Quand on pense à des paysages spectaculaires, on imagine souvent des montagnes, des forêts ou des plages. Pourtant, les tourbières, ces milieux humides mystérieux et souvent silencieux, comptent parmi les écosystèmes les plus essentiels de notre planète. Elles filtrent l’eau, stockent d’immenses quantités de carbone et abritent une biodiversité étonnante. Au Québec, elles couvrent de vastes territoires, mais leur survie est aujourd’hui menacée.

Entrevue exclusive avec… une tourbière du Québec!

Quelque part sur un épais tapis de mousse, notre journaliste a rendez-vous avec une vedette écologique vieille de plus de 8 000 ans.

Journaliste : Bonjour, Tourbière! Tout le monde parle de toi ces temps-ci. Peux-tu te présenter?

Tourbière : Avec plaisir! Je suis un milieu humide, né là où le sol reste gorgé d’eau presque toute l’année. Ici, l’air circule peu et l’oxygène se fait rare, ce qui empêche les décomposeurs de faire leur travail. Les plantes, surtout de petites mousses appelées sphaignes, s’accumulent alors sans se décomposer complètement. On appelle ce processus l’entourbement. J’en produis environ un millimètre par an, alors imagine ma patience!

Journaliste : Et au Québec, vous êtes nombreuses?

Tourbière : Oh que oui! On occupe entre 7 et 12 % du territoire québécois selon les estimations, du nord jusqu’en Montérégie. Certaines de mes cousines, comme celle qui se retrouve dans le parc de la Pointe-Taillon au Saguenay-Lac-Saint-Jean, couvrent des milliers d’hectares. Ensemble, nous formons des écosystèmes parmi les plus riches et anciens du pays.

Journaliste : Que fais-tu de si incroyable?

Tourbière : Je stocke du carbone, entre cinq et neuf fois plus qu’une forêt, et je le garde bien enfoui depuis des millénaires. Je régule aussi l’eau : quand il pleut, je retiens les surplus et je réduis les inondations. Quand c’est sec, je relâche doucement cette eau pour soutenir les rivières et les nappes souterraines. Et puis je filtre naturellement l’eau! En plus, j’abrite des espèces uniques qui ne vivent nulle part ailleurs et qui font de moi un pilier pour la biodiversité.

Journaliste : Et qu’est-ce qui te menace?

Tourbière : L’humain, hélas. On m’assèche pour l’agriculture, on m’exploite pour ma tourbe horticole, on bâtit des quartiers sur mes terres et construit des chemins pour exploiter la forêt et des mines qui m’entourent et parfois me recouvrent en partie. Pourtant, une fois détruite, je ne me régénère qu’après des milliers d’années.

Journaliste : Comment peut-on t’aider?

Tourbière : En me laissant tranquille d’abord! En soutenant les organismes qui travaillent à ma protection et surtout, en choisissant des alternatives à la tourbe dans les jardins. Chaque petit geste compte.

Journaliste : Un dernier mot pour nos lecteurs?

Tourbière : Oui. Je ne fais pas de bruit, mais je suis une gardienne du climat et de la biodiversité. Protégez-moi. Sous vos pas, il y a dix mille ans d’histoire vivante.

Qu’est-ce qu’une tourbière, exactement?

Une tourbière est un type particulier de milieu humide où l’eau est si abondante qu’elle empêche la décomposition complète des matières organiques. Résultat : les végétaux morts, au lieu de se transformer rapidement en humus comme dans une forêt, s’accumulent lentement et forment une épaisse couche de tourbe.

Ce processus, appelé entourbement, se déroule sur des milliers d’années. Chaque année, quelques millimètres seulement de tourbe s’ajoutent au sol. Autrement dit, une tourbière de deux mètres d’épaisseur peut avoir plus de dix mille ans4!

La tourbe, spongieuse et brun foncé, retient l’eau comme une éponge et forme un véritable réservoir naturel ; un effet dû à la sphaigne peu décomposée, capable d’absorber jusqu’à vingt fois son poids en eau. Elle joue un rôle central dans la régulation du climat et dans la filtration de l’eau.

Quelle est la valeur économique des tourbières?

Une étude réalisée en 2019 menée sur le territoire de la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) et de la Table de concertation du Saint-Laurent (TCRQ) rappelle à quel point la nature est un allié économique et écologique de premier plan. En chiffrant la valeur réelle de 15 services écosystémiques, comme la régulation du climat, la filtration de l’eau, la prévention des inondations ou la pollinisation, les scientifiques ont mis en lumière un fait incontournable : la nature n’est pas un luxe, c’est une infrastructure vitale.

tourbière au Havre-saint-pierre
Tourbière Havre-Saint-Pierre. Crédit photo: Cephas

Les milieux humides de cette région génèrent chaque année plus de 120 millions de dollars en services écologiques, en prévenant les inondations, en filtrant l’eau, en stockant du carbone, en limitant l’érosion et en abritant une biodiversité exceptionnelle qui fait d’eux de véritables boucliers naturels contre les effets des changements climatiques.

Ces chiffres confirment que les milieux humides ne sont pas de simples zones inondées, mais de véritables infrastructures naturelles qui protègent les communautés, soutiennent la biodiversité et atténuent les impacts des changements climatiques. Leur valeur écologique et économique combinée en fait l’un des investissements les plus rentables pour l’avenir du territoire québécois.

Quelques exemples inspirants au Québec

Le Marais de la Rivière-aux-Cerises (Magog)

Ce site de 1,5 km² est un modèle d’équilibre entre conservation et éducation. Les sentiers d’interprétation permettent de découvrir un écosystème riche tout en sensibilisant les visiteurs et visiteuses à sa fragilité.

La Tourbière-de-Venise-Ouest (Montérégie)

Classée réserve naturelle, elle couvre plus de 500 hectares et joue un rôle majeur dans la filtration de l’eau de la baie Missisquoi. Son réseau de sentiers éducatifs permet aux promeneurs et promeneuses de mieux comprendre l’importance des tourbières dans la lutte contre la pollution de l’eau.

Ce que nous pouvons faire pour protéger les tourbières

Protéger les tourbières et les milieux humides, ce n’est pas qu’une affaire de scientifiques ou de grandes organisations : chaque geste citoyen compte. Ces écosystèmes font un travail incroyable pour la planète, mais ils ont besoin d’allié-e-s. Bonne nouvelle! Vous pouvez en faire partie.

Grenouille des marais

Protéger ce qui existe encore

Tout commence par la protection. Quand des citoyen-ne-s s’unissent, ils et elles peuvent accomplir des miracles. À Chelsea, par exemple, un groupe de résident-e-s a réussi à acheter collectivement un terrain rempli d’étangs et de zones humides menacés par le développement. Résultat : un réservoir de biodiversité sauvé, une source d’eau préservée et une communauté fière d’avoir agi ensemble.

Protéger chez vous

Chez vous aussi, la protection peut commencer par de petits gestes : éviter les travaux sur des sols humides, laisser pousser la végétation naturelle près des cours d’eau, ou encore réduire l’usage de pesticides. Chaque mètre carré préservé est une victoire pour la nature.

Foire aux questions

Est-ce que toutes les tourbières sont protégées?

Non. Certaines sont situées sur des terrains privés ou non réglementés. Leur protection dépend souvent de la volonté des propriétaires ou des programmes municipaux.

Peut-on visiter une tourbière?

Oui, mais avec précaution! Plusieurs sites aménagés offrent des passerelles et sentiers sécurisés. Il faut éviter de piétiner la végétation, car le sol tourbeux est fragile et instable.

À quoi sert la tourbe vendue dans les magasins?

Elle est utilisée en horticulture pour alléger les sols et retenir l’eau. Cependant, son extraction détruit des écosystèmes anciens. On recommande de privilégier des alternatives comme la fibre de coco ou le compost.

Est-ce que les tourbières attirent les moustiques?

Moins qu’on ne le croit! L’eau stagnante y est souvent acide, ce qui limite la prolifération des larves de moustiques.

Combien de carbone les tourbières emmagasinent-elles?

Les tourbières du monde entier emmagasineraient environ 250 gigatonnes de carbone, soit l’équivalent de TOUT le CO₂ présent dans l’atmosphère — et près de 18 gigatonnes, soit environ 7 %, se trouvent au Québec seulement.

Bibliographie

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