La fausse route du pipeline Marinvest

16 juin 2026

La fausse route du pipeline Marinvest

Les gouvernements accélèrent le développement des pipelines. Les entreprises fossiles se réjouissent.

Mais construire un pipeline de gaz, au Québec ou ailleurs, c’est foncer à contresens.

Le Québec, la forêt boréale et le fleuve Saint-Laurent sont menacés par un nouveau mégaprojet de GNL

Les organisations qui portent la pétition :

       

         

Pourquoi le projet Marinvest Energy n’est pas une solution au contexte économique ?

Le contexte économique actuel est éprouvant. Diversifier les partenaires commerciaux semble plus nécessaire que jamais, c’est vrai. Il est donc important de se poser la question :

est-ce avec un pipeline et une augmentation de la production de gaz fossile que nous enrichirons vraiment les Canadien-ne-s, les Québécois-es et les membres des communautés autochtones ?

Avant d’accélérer un chantier qui pourrait s’avérer moins rentable qu’imaginé, balisons les faits : avec Marinvest, les gouvernements foncent à contresens de la transition énergétique et des besoins des Québécois-es. Voici pourquoi :

Qui profiterait vraiment du projet Marinvest ? Les entreprises qui produisent le gaz dans l’ouest du Canada et qui veulent l’exporter. Ce gaz ne desservirait pas les contribuables québécois-es, qui se retrouveraient par contre à payer pour ce projet

L’objectif du projet Marinvest : vendre plus de gaz produit par les entreprises fossiles canadiennes, en accélérant son acheminement de l’Ouest vers l’océan Atlantique pour toucher le marché européen. Pour ces compagnies, ce pipeline et l’usine de liquéfaction qui l’accompagne est une solution clé en main pour s’enrichir en exploitant au passage les territoires des voisins. Pour la population québécoise, il n’y aurait pas vraiment de retombées économiques au Québec, hormis entre 30 et 200 emplois. Ces emplois, voyons-les comme de l’argent de poche face aux milliards que les actionnaires vont gagner. C’est un petit dédommagement pour les nombreux impacts sur notre santé et sur l’environnement (fuites de gaz, déforestation, fragmentation de l’habitat pour les espèces).

Le marché du gaz a connu de grands bouleversements depuis la guerre en Ukraine et cela s’intensifie avec la guerre en Iran. Ainsi, entre 2021 et 2023, pour se départir de sa dépendance au gaz russe, l’Union européenne a déjà réduit de 20 % sa consommation de gaz grâce à des investissements massifs dans les énergies renouvelables locales.

Or, maintenant, avec la fermeture du détroit d’Ormuz, l’Europe réalise qu’elle a remplacé sa dépendance au gaz russe acheminé par gazoduc par une dépendance au gaz acheminé sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL), la rendant vulnérable aux fluctuations des prix et à de nouvelles formes de perturbations de l’approvisionnement. Face à ce constat, plusieurs pays de l’UE préfèrent donc accélérer leur transition énergétique vers les énergies renouvelables, seule voie vers leur autonomie énergétique. Dans ce contexte, L’Institut d’économie de l’énergie et d’analyse financière (IEEFA) prévoit que la consommation de GNL de l’Europe pourrait chuter de 23 % d’ici à 2030 (par rapport à 2025). La question est donc simple : pourquoi investir dans ce pari quand on sait que la consommation de gaz de l’Europe s’apprête à plafonner puis à chuter dès 2030 ? Coût pour les Canadien-ne-s de construire le pipeline Marinvest : entre 30 et 38 milliards de dollars. Retombées économiques pour le Québec : faibles.

Répondre à une crise économique mondiale en accélérant, chez nous, deux autres crises (climatique et perte de biodiversité), c’est tomber dans le panneau des discours des gazières. Le pipeline de gaz Marinvest, un tuyau de 1000 km de long, passerait par l’Abitibi-Témiscamingue, le Nord-du-Québec, le nord du Lac-Saint-Jean et la Côte-Nord. Sur son trajet : des forêts boréales, des habitats fauniques et des milliers de rivières et cours d’eau, qui seraient inévitablement fortement dégradés. Le tracé passerait à proximité de La Sarre, au nord d’Amos, de Lebel-sur-Quévillon, du sud de Chibougamau, de la réserve de la biosphère mondiale Manicouagan-Uapishka et aboutirait à Baie-Comeau, où le pipeline aboutirait à une usine de liquéfaction flottante. Cette usine serait implantée dans un secteur connu pour ses fonds marins exceptionnels et fréquenté par des baleines, notamment le béluga, le rorqual bleu et le rorqual commun. 

En permettant l’augmentation de la production du gaz fossile, ce projet va produire des gaz à effet de serre supplémentaires au Canada et aura donc forcément un impact sur le climat tout en nous éloignant encore davantage de nos cibles climatiques. 

On parle d’environ 11 millions de tonnes de GNL exportées par an. En comptabilisant les émissions sur l’ensemble du cycle de vie, un tel volume engendrerait une augmentation des émissions de GES d’un minimum de 46 millions de tonnes d’équivalent CO2 par an, ce qui correspond aux émissions de 10 millions de voitures chaque année.

Paysages et espèces menacés par Marinvest

Des lacs ontariens jusqu’à la Baie des Anglais à Baie-Comeau, le gazoduc Marinvest traverserait 1000 km de forêt boréale, passant parfois proche des villes comme à Lebel-sur-Quévillon ou à Chibougamau. Sa construction aurait des impacts non négligeables sur des milliers de cours d’eau comme la rivière Turgeon, les milieux humides de Chapais et le fleuve Saint-Laurent. Il passerait également dans des milieux agricoles comme ceux que nous avons vus à Normétal. 

Et le pipeline aurait évidemment un impact direct sur la faune, la flore et la fonge partout sur son chemin.
Les photos ont été prises par notre équipe, ainsi que par les photographes Luc Farrell (Abitibi) et Patrick R. Bourgeois (Côte Nord).

Des questions?

C’est quoi concrètement un pipeline ?

Un pipeline, c’est un tuyau qui sert à transporter une matière fluide. Dans le cas d’un oléoduc, il transporte du pétrole. Dans le cas d’un gazoduc, il transporte du gaz ou du gaz naturel. Dans les deux cas, ces types de pipelines transportent des énergies fossiles responsables de la crise climatique. Comme tout type de canalisation, qu’il soit enfoui ou non, un pipeline présente des risques de fuite, de rupture ou d’explosion.

Est-ce que ce projet va permettre de fournir du gaz aux citoyen-ne-s et aux entreprises québécoises ?

Ce n’est pas prévu. Le gaz devrait être liquéfié à Baie-Comeau et envoyé sur méthanier en Europe ou ailleurs dans le monde.

Ce projet pourrait-il être désigné comme projet d’intérêt national par le fédéral ?

Tout à fait et on sait que c’est ce qu’espère la compagnie. C’est pourquoi elle travaille fortement à avoir les appuis politiques nécessaires des gouvernements et des Premières Nations pour que son projet soit désigné d’intérêt national et puisse ensuite être déposé au Bureau des grands projets. Plusieurs organismes fédéraux et ministères l’aident en ce sens.

Y a-t-il des risques d’explosion ?

Avec du gaz, il y a toujours des risques d’explosion. Ces risques sont présents lorsqu’il se produit des fuites lors des différentes étapes. De plus, selon des expert-e-s de la forêt boréale, le tracé nord préconisé par Marinvest Energy passe dans une zone très à risque pour les feux de forêt. Gaz + feu de forêt = risque élevé d’explosion.

Qui sont les investisseurs derrière le projet ?

Personne pour le moment. La compagnie norvégienne Marinvest travaille actuellement à aller chercher des appuis politiques pour espérer sécuriser le projet pour d’éventuels investisseurs. Néanmoins, dans le contexte où la demande européenne en gaz est en déclin et où le marché va être en surproduction à très court terme, les perspectives de rentabilité sans injection d’argent public sont incertaines. Il y a donc de fortes chances que le gouvernement fédéral décide de subventionner d’une façon ou d’une autre le projet.